Aujourd’hui, nous avons la joie d’accueillir pour un petit entretien Ramona Dragos, la responsable de Ziléos en Roumanie. Ramona à accepté de me partager sur la situation actuelle en Roumanie avec l’accueil des réfugiés ukrainiens, et notamment l’opération en cours avec les sœurs de la Congrégation Maicii Domnului à Sighet. Ce fut l’occasion d’échanger simplement sur les peurs et espérances face à cette situation qui nous échappe et face à laquelle nous pouvons ressentir une grande impuissance…

Parle-nous un peu de toi, quelle est ta situation actuelle, ton parcours ? Depuis combien de temps es-tu engagée chez Ziléos et quelle est ta mission au sein de l’association ?

J’ai 42 ans, je suis mariée et mère de 2 enfants (Antoniu, 9 ans et Alex, 5 ans). J’habite à Oradea, au nord-ouest de la Roumanie, où je suis engagée dans l’Eglise greco-catholique depuis mes 14 ans. En ce moment, je travaille à l’évêché greco-catholique d’Oradea et je suis responsable de l’association Ziléos en Roumanie.
J’ai étudié la théologie en Roumanie puis je suis partie en France, à Angers avec une bourse d’études en 2003. J’y ai rencontré Patrick François, il était mon responsable pour la formation. De retour en Roumanie, j’ai alors travaillé pour l’évêché greco-catholique d’Oradea. Nous avons mis en place des choses pour les jeunes en Roumanie avec Fondacio.
Depuis 2015-2016, je me suis engagée avec Ziléos, nous avons travaillé avec le diocèse référant greco-catholique d’Oradea, Monseigneur Virgil y avait reçu Patrick avec beaucoup d’affection.

Peux-tu nous parler de la campagne de dons mise en place avec les sœurs de Sighet ? Comment se passe l’accueil ? Quelle est l’origine de cette collecte ?

En voyant toutes les personnes réfugiées qui arrivent depuis le début de la guerre, nous n’avons pas pu rester inactifs et nous avons décidé de lancer une campagne de levée de fonds au niveau de Ziléos Roumanie et à l’international.
Pourquoi les soeurs ? Elles sont présentes dans les diocèses où l’on travaille avec Ziléos Roumanie et notamment dans l’archidiocèse de Blaj et le diocèse de Cluj. Nous les connaissons bien, elles sont embauchées dans le lycée greco-catholique d’Oradea où nous travaillons aussi.
Elles avaient besoin de notre aide, puisqu’elles se trouvent à la frontière dans la ville de Sighet, à quelques mètres à peine de l’Ukraine. Le “flot” de réfugiés fuyant les conflits est incessant. La maison des sœurs peut accueillir jusqu’à 70 personnes. Elles ont besoin d‘argent pour accueillir les réfugiés et répondre à leurs besoins.

Depuis le début de la guerre, elles accueillent en continu, jour et nuit. A ce jour, près de 800 personnes ont pu trouver repos dans leur congrégation. Femmes et enfants restent deux ou trois jours maximum puis repartent vers d’autres endroits.

Dans quel état d’esprit sont les sœurs qui accueillent les réfugiés ?

Elles sont heureuses et se rendent disponibles pour accueillir les personnes réfugiées. Elles souhaitent réellement se mettre au service des plus démunis, c’est dans leur mission. Alors lorsqu’elles ont appris ce qu’il se passait en Ukraine, c’était naturel pour les sœurs de s’investir pour l’accueil. Elles sont affectées par le nombre de femmes et d’enfants qui arrivent mais aussi très touchées par le fait que des familles quittent tout. Ces familles ne savent pas si elles pourront revenir un jour dans leur pays.

As-tu pu constater par toi-même les effets des conflits ?

[Oui par exemple] sur le diocèse d’Oradea une famille vient d’Odessa (en Ukraine), ils étaient aujourd’hui avec nous à l’évêché : jusqu’à présent ils pouvaient communiquer avec leur famille. Maintenant ils sont sous l’occupation russe, et donc il n’est plus possible pour eux de parler avec les familles restées sur place. La peur règne parce qu’ils sont dans une situation d’occupation.

Je vois beaucoup de voitures qui partent avec des numéros ukrainiens, ils n’ont pas tous des familles en Europe. C’est le grand inconnu : vont-ils rentrer dans leur pays ? Et dans un pays occupé ?

Les russes bombardent et les gens sont dans les sous-sols des bâtiments, il ne peuvent plus en sortir. Ils ne peuvent même plus enterrer leurs morts et les mettent dans les fosses communes. C’est effrayant.

Qui sont ceux qui fuient les conflits et arrivent en Roumanie ?

Les réfugiés ukrainiens (environ 500 000 fuient les conflits) qui sont venus en Roumanie sont de toutes confessions, orthodoxes et gréco-catholiques. Certaines familles sont au monastère franciscain à Oradea et d’autres arrivent. Il y a environ 6 millions de gréco-catholiques environ en Ukraine.

Quelle est ton espérance pour la situation entre l’Ukraine et la Russie ?

J’espère que cela va se terminer, on verra comment. Je suis assez inquiète pour mes enfants et ce que va donner cette guerre.
Les images que l’on voit à la télé ne montrent pas toute la réalité. Des hôpitaux sont bombardés, les écoles, les universités. C’est la folie humaine dans toute sa splendeur. La technique des hommes a évolué. Mais le cœur des hommes conserve une certaine haine. Il faut former les consciences et les esprits pour la paix. Si on laisse notre haine sortir, c’est très mauvais.

Comment l’Eglise s’engage-t-elle actuellement pour cette situation ?

Nous avons fêté l’Annonciation il y a peu. On consacre le monde et particulièrement l’Ukraine et la Russie au cœur immaculé de Marie. Je prie pour que l’Esprit Saint, le bon Dieu, fasse son travail. Des miracles peuvent arriver !
[Mais chacun a son rôle à jouer] : les gens peuvent être intelligents pour prendre de meilleures décisions pour l’humanité.

Quel passage biblique te marque en ce moment ?

Il y a ce passage “Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix” dans l’Evangile de Jean (Jn 14,27).

Mais aussi les Béatitudes


«Heureux les artisans de la paix : ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le royaume des cieux est à eux ! » Matt 5, 10.

C’est difficile d’être des artisans de paix dans ce monde de guerre. Là où nous sommes tous appelés à nous convertir, c’est sur le regard que nous portons sur le peuple russe. Ils ne sont pas coupables et pourtant la haine monte contre eux. Je suis convaincue que tous les Russes ne sont pas forcément d’accord avec la guerre.
[Nous avons donc notre rôle à jouer, les uns et les autres, pour porter un regard d’amour et de paix sur nos frères]. 

MERCI

Un grand merci à Ramona pour ces échanges riches et si profonds. Si vous aussi, vous souhaitez apporter votre pierre à l’édifice, nous vous invitons à communiquer sur la campagne de dons pour l’accueil des réfugiés ukrainiens autour de vous. Voici les liens des deux pages de collecte :

  • Pour donner depuis la France cliquez sur le lien ici
  • Pour donner depuis le Canada c’est par ici

Personne ressource

Blanche Malaise Lareigne

bmalaise@zileos.org